samedi 21 avril 2007

Halte à la castration de nos hommes politiques!

Les Français ont un triste penchant à démolir leurs représentants politiques à la moindre occasion, n’épargnant ni la gauche ni la droite. Prenez par exemple l’exemple récent de la crucifixion de Dominique De Villepin à la suite de l'échec cuisant du CPE (Contrat de Première Embauche). Etiez-vous pour ou contre le CPE? Peu importe désormais. Mais les conséquences de ces levées de boucliers face à tout changement laissent des cicatrices qui défigureront le paysage politique français pour des années.

Transformer la lutte contre une proposition (un droit légitime et naturel) en une chasse à l’homme politique est dangereux. Dangereux car cela développe un climat où les hommes et les femmes politiques qui subissent un seul échec retentissant sont "finis". Où une carrière politique, qui se construit souvent sur des décennies, peut être perdue en quelques mois. Des maladresses, des erreurs, on en fait tous. Personne n'est parfait. Pourquoi s’attendre à ce que nos représentants n’en fassent aucune? Après tout, ce sont des hommes et femmes comme tout de monde. Au lieu de brûler vif nos élus à la suite d’une épreuve ou d’un échec, on devrait les soutenir... et même les remercier. Les remercier de vouer leur vie à réfléchir pour nous aux différents problèmes et opportunités de notre pays, et de s’efforcer d’y répondre en proposant des solutions et des pistes à approfondir.

C’est une vérité dure à avaler, mais il n'y a pas de succès sans prise de risque répétée, et il n'y a pas de prise de risque répétée sans échec. Les Français doivent donc accepter que nos hommes politiques puissent se planter de temps à autre, et les soutenir dans ces moments-là pour qu'ils trouvent le courage et la force de continuer à aborder leurs dossiers avec la même soif de réussite. Le milieu professionnel a démontré depuis longtemps que «les échecs préparent les futurs succès», et que la prise de risque doit être encouragée car elle seule donne naissance au progrès. Appliquons la même logique en politique!

La plupart des Français veulent du changement mais refusent d’en payer le prix. Le prix est simplement de soutenir nos élus dans leur recherche de solutions pragmatiques, et d’accepter de se risquer à essayer des choses nouvelles. En luttant quasi systématiquement contre leurs propositions et mesures de changement, nous incitons au contraire nos personnalités politiques à ne pas prendre le risque d’agir. Et après, tout le monde se plaint du manque de progrès, de réformes, d'emploi!

Notre plaidoyer pour nos hommes et nos femmes politiques a un but précis : lancer une prise de conscience que les fautes qu'on leur reproche ne sont que le reflet de nos propres comportements et choix politiques. Refuser à nos représentants le droit à l’erreur, c’est les démunir de leur capacité d'action. C'est donc aussi les démunir de leur vocation altruiste d’agir pour le bien commun, de façon désintéressée. Que leur reste-t-il alors : les luttes intestines de pouvoir et la poursuite d'intérêts personnels. Nous, les Français, en sommes responsables, et nous pouvons choisir d’y mettre fin en arrêtant de croire que courir aux urnes pour changer d’élus résoudra tous nos problèmes. Elire de nouvelles têtes, ce n’est que traiter le symptôme de nos problèmes : pour combattre la maladie, ce sont nos comportements qu’il nous faut avoir le courage de changer.

Partagez vos réactions sur ce blog en laissant un commentaire. Pour envoyer ce texte à vos contacts, cliquez sur l’icône ci-dessous ou copiez ce lien : http://francecroissance.blogspot.com.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonne réflexion. C'est vrai qu'on a tous tendance à oublier sa part de responsabilité! Marie.

Anonyme a dit…

Intéressant. Je reviendrai visiter votre site.

Anonyme a dit…

En lisant ce blog, je ne peux m’empêcher de me demander si meme un seul de nos candidats actuels a la force de vaincre une telle résistance au changement. Sans ça, tous leurs beaux discours resteront vains...

Roland
rleschaux19@yahoo.com

Anonyme a dit…

Vision et point de vue stimulant - un premier pas vers un avenir plus constructif peut-etre?
Bravo M. Marbach, j'ai hate de vous relire.
MBM

Anonyme a dit…

Je te félicite, Thierry, d'avoir encore une vision optimiste des hommes politiques.
Pour ma part, je considère que ces gens se contentent de faire carrière, en piétinant joyeusement l'intérêt général, qui leur importe peu, sinon pour leur servir de marche-pied.
Se faire élire, se cramponner au pouvoir, dénigrer ses adversaires par tous les moyens, c'est à peu près tout ce qu'un homme politique sait faire.
Combien d'exceptions dans le dernier demi-siècle ? De Gaulle, Mendès-France, Barre... C'est bien peu !
Alors, les remercier...

Anonyme a dit…

La "chose" politique a semble-t-il suscité l'intérêt de nos concitoyens qui se sont déplacés en masse pour ce premier tour des élections présidentielles. C'est un signe très positif, mais il ne faudrait pas que cela repose seulement sur de nouvelles têtes à élire.

La fonction présidentielle requiert des qualités hors du commun pour pouvoir gouverner le pays, qui a besoin d'une équipe solide pour mener à bien des réformes profondes. Ce sera douloureux car les politiques ont trop attendu pour engager ces changements pourtant nécessaires.

Décider en son âme et conscience, cela demande de se poser la question du réalisme des deux projets proposés et de leur adéquation avec la situation de la France... sans aggraver le déficit actuel, déjà collossal!

La compétence prouvée dans l'exercice du pouvoir doit primer sur d'autres considérations.

Anonyme a dit…

Je suis moi aussi navrée que la France semble inréformable. De nombreux domaines nécessaiteraient une évolution notable. Mais je ne suis pas certaine que l'impossibilité de réforme tienne au fait que nous brûlons nos hommes politiques à la première erreur. Je pense malheureusement que peu d'hommes politiques ont un sens du devoir (du sacrifice ?) pour une vraie vision de la France, mais qu'ils ont en revanche une idée bien précise de ce que doit être leur propre carrière...
Paradoxalement, nous qui avons aboli les privilèges de la noblesse pendant la Révolution, nous passons notre temps à créer de nouveaux privilèges, auxquels s'accrochent leurs bénéficiaires qui les érigent en droits intouchables... Les acquis sociaux, ces privilèges modernes, sont à la fois notre fierté, participant du fameux modèle social à la française, du grand idéal humaniste et républicain, en même temps qu'ils nous ligotent.
Pourquoi ? Parce que toute tentative de réforme est aussitôt diabolisée comme étant une remise en question des acquis sociaux... Même si ce n'est pas vrai, même si c'est pour aller vers plus d'équité. Comment réformer dans ces conditions ? Pour un politique, sauf à avoir une vocation de martyre acceptant d'être sacrifié sur l'autel de la République, cela tient du suicide électoral...
Tu parles de changer nos comportements, mais comment ? Dans quelle direction ? Avons-nous réellement les hommes politiques que nous méritons ?

Anonyme a dit…

Pour la plupart, je suis d'accord...Mais où dessinez-vous la ligne entre soutenant vos officiers élus et les tenant responsable pour leurs actions? Oui, tout le monde fait des erreurs, mais certaines y sont inexcusables et faites au coût de beaucoup. Je suis d’accord que nos chefs d'etat ne peuvent pas gouverner efficacement avec leurs mains liées derrière leur crainte de dos-en avoir le peur de perdre le soutien des gens. Mais ils doivent être aussi tenus responsable et avoir le risque perdant le soutien s'ils n'agissent pas avec compétence. Prendre le Bush par exemple. Après tout qu'il a fait, c'est naif a dire « nous devons le soutenir parce qu'il est notre président » comme Britney Spears (!). M. Marbach, où devons-nous trouver un équilibre?

Merci pour vos opiniones. Nous avons besoin de plus d'hommes qui sont assez passionné et positif de l'avenir de leur pays.
~t